Joyon en passe d’exploser le record de la traversée de l’Atlantique.

Samedi 15 juin 2013

Avec 650 milles parcourus ces dernières 24 heures, Francis Joyon flirte avec son propre record de distance parcourue en une journée à la voile et en solitaire, 666 milles. Cette donnée seule révèle le niveau de la performance que réalise depuis son départ de New-York  mercredi dernier le marin de Loqmariaquer. Sur une route sud très éloignée de la route idéale, orthodromique, suivie avec bonheur durant 4 jours en juillet 2008 par Thomas Coville, Joyon a relevé l'immense défi de naviguer, non pas à des vitesses supérieurs à 21 noeuds, moyenne de l'actuel record, mais à plus de 25 noeuds. Un pari que tient encore aujourd'hui haut la main l'extraordinaire Monsieur Joyon, qui peut envisager une arrivée au Cap Lizard dès demain dimanche en milieu d'après-midi, après avoir dynamité d'au moins 12 heures l'actuel temps référence sur ce trajet mythique. Ce faisant, Idec et Francis, avec l'indéfectible soutien de Jean Yves Bernot, réaliseront l'unique et prodigieux exploit de détenir tous les records significatifs à la voile et en solitaire.

 

A fond vers Lizard !

"La magie de ces grands multicoques, c'est qu'on peut tout leur demander ; 25, 30 ou 35 noeuds…." La phrase sonne dans la bouche de Francis Joyon comme une implacable banalité. Elle masque un peu plus de 4 jours d'un combat titanesque au coeur d'une dépression  très creuse, à bord d'un multicoque aux allures de cheval emballé. Elle n'explique pas le pari fou de partir en record sur une route considérablement rallongée par rapport à la trajectoire référence de Thomas Coville. Et elle ne raconte surtout pas la tension, le danger permanent, la prise de risque encourue à pousser durant si longtemps, sans interruption, un maxi trimaran au maximum de ses possibilités. C'est pourtant bien à ce prix que Francis Joyon, en retard durant plus de la moitié du parcours, est revenu aujourd'hui à hauteur du tracé de son adversaire virtuel, qu'il va dépasser impitoyablement et laisser loin dans son sillage. "Je n'étais pas tout à fait dans les conditions de mon record des 24 heures" poursuit Francis, car cette nuit, j'ai dormi 3 heures! Il est vrai que je vis depuis le départ de New York dans une tension rarement atteinte."

 

Un gain considérable sur l’actuel record.

« La dépression me dépasse doucement » poursuit Francis, requinqué par le luxe inouï d'une sieste de 3 heures cette nuit, sans que la vitesse de son trimaran Idec n'ait eu à en pâtir le moins du monde. « Le vent va refuser à l'approche des îles Britanniques, c'est à dire tourner de l'arrière du trimaran au côté. Ce sera moins bien pour la vitesse » explique comme en s'excusant Francis, « mais cela devrait nous permettre d'en terminer demain après midi ». Reste à affiner cette prévision. Les projections informatiques enrichies des données les plus récentes, le voient pointer ses étraves sous Lizard demain dimanche entre 16 et 18 heures Françaises. Le gain sur le record actuel se situerait alors entre 14 et 16 heures! Point de grandes manoeuvres en vue durant les derniers 600 milles et quelques à parcourir. « La dépression a pris juste la bonne direction pour m'épargner un nouvel empannage. » Sous grand voile haute et trinquette, Francis devra seulement envoyer le génois dès que le vent tournera sur sa gauche. Loin de triompher alors qu'il aborde seulement le plateau continental et que les signes avant coureurs de la proximité des côtes sont encore très diffus, Joyon pousse son degré de vigilance au maximum, attentif à l'usure du bateau, et plus que jamais en phase avec l'évolution de son grand trimaran rouge sur la crête des vagues.

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